C’est pour quand le 4ième ?

Tu es curieuse de connaître ma réponse hein ? JAMAIS. 

Pourquoi ? Parce que je me suis fait promettre de ne jamais revivre une tempête d’émotions aussi forte que celle de mettre au monde un enfant. 

Tu dois te dire que je suis rough envers moi-même, que c’est impossible de mettre un enfant au monde et que ce soit négatif ou que ça soit aussi terrible au point de ne plus en vouloir.

Ça dépend.

Une grossesse de jumeaux difficile, je gère. Une césarienne d’urgence à 35 semaines, ça va. Un transfert en pleine nuit en Néonatalogie, tu pousses, mais ce sont des petits battants. 3 semaines d’hospitalisations, 5 jours avant de pouvoir prendre un de mes bébés, des cathéters sur la tête, des tubes au nombril, des machines qui sonnent à plus finir, mais une équipe médicale incroyable… C’est difficile et épuisant, mais on s’en remet éventuellement.

Jusque là, ça va. Du moins, assez pour en vouloir un autre !

1er mai 2020, je pars pour l’hôpital sereine en vue d’une césarienne planifiée à 5h45 du matin. Mes bagages sont prêts et je suis plus qu’emballée de vivre ENFIN un séjour de naissance « normal ». Hey! 3 jours à l’hôpital ensuite, retour à la maison avec mon petit amour. LE RÊVE ! 

Tout se passe à merveille, la césarienne est quasi-agréable si on compare à la première. Je retourne à la chambre avec mon bébé couché sur moi, totalement réveillée et il prend le sein comme un champion. Tout s’annonce PAR-FAIT! 

Les minutes passent et il débute un tirage, rien d’inquiétant mais un séjour aux soins intermédiaires est de mise pour s’assurer que tout se stabilise. 

Jusqu’au lendemain, je voyage de ma chambre à son isolette en me tenant le bas du ventre pour limiter la douleur lors de mes déplacements, je travaille fort pour avoir ma montée laiteuse. 

On nous annonce qu’à midi, ils retireront l’oxygène et que si tout est beau, il sera de retour dans notre chambre pour 15h.

Je compte les minutes, je saute de joie ! 15h05, il arrive enfin. J’ai mon bébé dans ma chambre. 

Mon rêve s’est rapidement tourné en cauchemar, il devient inconsolable. Les cris, les pleurs sont déchirants. Je le tends à son père…Ses jambes, ses bras sont bleus. La panique m’envahis et je sonne. Mon bébé aura été dans ma chambre 10 minutes… 10 petites minutes.

Là, je ne gère plus rien. 

Je tente de suivre de peine et de misère l’infirmière qui court avec mon bébé dans les bras jusqu’aux soins intensifs. 

Quand j’arrive enfin, je le cherche des yeux. Je l’entend hurler mais tout ce que je vois, ce sont une dizaine d’infirmières qui bourdonnent, qui se parlent avec des termes que je ne saisi pas. 

Mes souvenirs sont flous.  « Charge X joules, Clear », « SHOCK », « Ça pas marché, on recommence! », « Ambulance », « Transfert », « Cardio », « 276 battements/minutes ».

Est-ce que j’ai besoin de t’expliquer mes émotions à ce moment-là ? 

Honnêtement, je crois que je serais incapable. De la peur. De la colère. De la tristesse. De la culpabilité. De l’angoisse. De l’anxiété. De la honte. Un Melting Pot de toutes ces réponses. 

Pourquoi je suis incapable de mettre un enfant au monde sans problème ? Pourquoi je ne peux pas vivre la « normalité » d’un accouchement ? Qu’est ce que je fais de pas correct ? 

Ces questions m’ont longtemps hantées. Encore aujourd’hui, malgré le fait que bientôt 12 mois ce sont écoulés depuis, je me réveille la nuit pour m’assurer que tout le monde est correct, seulement endormi. 

Alors pour répondre à la question. 

Jamais. 

Jamais plus, je ne vivrai ces émotions. Je n’aurais tout simplement pas la force pour une 3e fois.

Je ne te raconte pas ceci dans le but de m’attirer de la pitié, aucunement. C’est notre histoire et je suis fière puisque mes 3 hommes ont démontrés une force du tonnerre dès quelques minutes de vie. Je te raconte ceci pour que tu cesses de me demander c’est pour quand le 4ième.

Mélina Côté